De l’autre côté du Rhin, la rentrée en première année a un objet à elle : la Schultüte, un grand cornet en carton que l’enfant porte le premier matin, rempli de petites choses. En Suisse alémanique et en Autriche, c’est la même chose. Et si vous fabriquez le vôtre, cela prend des semaines.
Quelqu’un achète le cône vierge en juillet, quelqu’un d’autre trouve le bon feutre, et on passe quatre soirées à la table de la cuisine à découper un dinosaure qui doit être ce dinosaure-là et pas un autre. Votre enfant colle les yeux de travers, et vous les laissez de travers, parce que c’est précisément l’intérêt.
Puis arrive le matin. Le cornet est presque trop grand pour être porté, et il est porté quand même. Tout le monde le photographie : les grands-parents, la voisine, l’école, vous, deux fois. Il traverse une salle, il tient dans la photo de classe, et il rentre à la maison encore fermé, parce que c’est là qu’on l’ouvre.
Le soir, il est vide, un peu écrasé à la pointe, debout dans un coin de chambre. Un cornet acheté finit exactement dans le même coin.
C’est là que la plupart restent. Personne n’arrive à le jeter, alors on le déplace : sur l’armoire, derrière les manteaux d’hiver, à la cave avec les cartons de Noël. Un projet de quatre semaines pour une carrière de quatre-vingt-dix minutes.
Le même problème se pose avec tout ce qu’une famille fabrique pour un premier jour d’école, quel que soit le pays.
Pourquoi c’est plus difficile qu’un dessin
Un dessin, c’est du papier. Quand la pochette est pleine, on peut être ferme et on ne se sent mal qu’à moitié.
L’objet du premier jour échappe à tout cela. Il est énorme et creux. Aucun tiroir ne l’accueille et on ne peut rien poser dessus sans risque. Il est fragile d’une manière très particulière : la pointe s’amollit, et le papier ou le tulle du col est écrasé dès qu’on appuie quelque chose contre lui. Et il pèse plus lourd que n’importe quel dessin, parce qu’il appartient à une seule journée datée, photographiée, unique.
Il survit donc par inertie, s’abîme lentement, et devient une chose pour laquelle on culpabilise deux fois : une fois parce qu’on le garde, et encore une fois le jour où on ne le garde plus.
Photographiez-le le jour même, pas en octobre
L’erreur que presque tout le monde commet, c’est d’attendre. Le temps qu’on s’en occupe, c’est déjà la version cabossée. Et la version cabossée est celle que vous regarderez dans quinze ans.
Alors faites-le ce jour-là, pendant que la maison est encore pleine et que l’objet est encore intact :
- Posez-le contre un mur nu. Pas dans le couloir encombré où il se trouve appuyé. Un mur vide, une porte, n’importe quoi sans meuble à chaussures dans le cadre. Ce seul geste fait la différence entre un instantané et un souvenir.
- Photographiez-le seul, avant la photo de classe. Des photos de votre enfant avec, vous en aurez cent. Ce que vous n’aurez pas, et que vous voudrez, c’est une image propre de l’objet lui-même, sans épaule ni rayon de soleil en travers.
- Photographiez les parties que votre enfant a faites lui-même. Le dinosaure découpé, le prénom écrit de sa main, les autocollants dont il a négocié la place. Ce sont les endroits qui sont vraiment de lui, et ce sont ceux-là que vous regarderez plus tard.
Classez le tout dans Scribbly sous le bon enfant, comme un dessin. Le fond disparaît automatiquement : le dinosaure devient le dinosaure, et non la photo d’un mur.
Et ensuite, vous avez le droit de le laisser partir
Personne ne donne l’autorisation pour cette partie, alors prenez-la d’un père qui s’est tenu devant la même armoire : dès que l’objet existe sous forme de photos nettes, classées avec le reste, le carton a fait son travail.
Ce que les familles en font varie, et tout se vaut :
- Découpez la face décorée et gardez-la. Le panneau au dinosaure est ce qui compte. À plat, il entre dans une boîte à souvenirs. Un cornet entier, jamais.
- Gardez le col en tissu s’il est beau. Il se détache d’une pièce et ne prend presque pas de place.
- Laissez partir le corps après le premier trimestre. S’il est sur l’armoire depuis septembre et que personne ne l’a regardé, vous avez votre réponse. Retirez d’abord les paillettes, le film, les rubans et le tulle : ils n’ont rien à faire dans le papier à recycler.
Gardez-en un, si l’un d’eux est vraiment particulier. Soyez seulement honnête sur la façon dont ils s’accumulent : il y en a souvent eu un petit à la fin de la crèche, il y en aura un pour le petit frère, et personne n’en a jamais jeté un seul.
C’est la page un de l’année scolaire
Photographié proprement et classé sous le bon enfant, l’objet devient un début. Il ouvre l’année qui le suit : les dessins d’école, l’écriture qui passe des majuscules bancales aux phrases, le premier vrai autoportrait.
Un livre photo d’une année scolaire qui commence par le cornet, puis parcourt tout ce que cet enfant a dessiné ensuite, raconte l’année bien mieux qu’un tube de carton cabossé derrière les manteaux.
C’est la matinée qu’on voulait garder.
À faire cette semaine
Si votre enfant fait sa rentrée dans les prochaines semaines :
- Posez votre téléphone là où vous le verrez le matin, avec une seule consigne : l’objet, un mur nu, avant la photo de classe.
- Photographiez séparément les morceaux que votre enfant a faits lui-même.
- Classez le tout sous le bon enfant, à côté des dessins qui suivront toute l’année.
- Pour le carton, décidez en octobre et non dans la précipitation du jour même.
Vous aurez la belle version pour toujours, et l’armoire reste libre.
Scribbly est une application gratuite qui vous aide à photographier et conserver les œuvres de vos enfants. Elle détoure le fond automatiquement et range tout par enfant, pour que vous puissiez transformer une année en livre photo imprimé. Créée par un père de deux garçons en Suisse. Vos photos sont stockées en Europe (UE).
